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Entretien avec le poète français Jean-Claude Martin “Kateb Yacine m’a beaucoup impressionné”

juin 2nd, 2012

Rachid Filali 

Jean-Claude Martin est actuellement l’un des plus importants poètes français, nous avons essayé à travers l’interview qui suit avec lui, connaissant son expérience dans l’écriture en général et la question de l’influence de “Kateb Yacine” qui a dit qu’il était très impressionné par ses écrits.

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*M. Jean-Claude, vous êtes président de la Maison de la Poésie de Poitiers, pouvez-vous nous parler de cet espace littéraire, et des activités culturelles les plus importantes qui y ont eu lieu récemment ?

– La maison de la poésie de Poitiers est une modeste maison, et même une « maison sans maison », puisqu’elle n’a pas encore de lieu « à elle » et organise ses manifestations dans différents endroits (bibliothèques, centre culturels, cafés…) de la ville de Poitiers. C’est un projet que j’ai repris pour qu’il ne meure pas, mais c’est difficile, car, outre l’absence de « toit », nous n’avons qu’une petite équipe de bénévoles et peu de moyens financiers.
Malgré tout, nous essayons de faire connaître la poésie française et étrangère d’aujourd’hui. Parmi les moments importants de l’année 2011, il y a eu la rencontre avec la poète syrienne Maram Al-Masri, et le spectacle théâtral monté autour de son livre « Les âmes aux pieds nus », traitant des violences faites aux femmes. Un nombreux public était présent.
Il y eut aussi la venue de cinq poètes argentins qui nous ont fait découvrir la poésie d’aujourd’hui dans leur pays, et ont parlé de l’histoire de la poésie à travers l’histoire parfois difficile de l’Argentine.

*Certaines personnes considèrent que la poésie est un «luxe», surtout en cette période purement matérialiste, pensez-vous que le poète peut résister à de telles idées contraires à son être créatif ?

– La poésie est finalement toujours un acte de résistance, et reste opprimée de deux manières : dans les pays dictatoriaux elle est soumise à la censure, voire à l’interdiction et à la prison ; et dans les pays dits « libres » ou « démocratiques » — mais où règne le capitalisme et la loi du marché –, on la condamne à l’inexistence ou à la marginalité, parce que « non vendable », « non rentable ». La deuxième méthode a l’air plus douce, mais elle est excessivement perverse et pénible, car on enlève à la poésie toute importance et toute raison d’être. Et souvent on se demande : à quoi bon encore écrire et publier de la poésie en France en 2011, puisque la grande majorité des gens ne sait pas qu’elle existe encore ?

*Vous êtes poète et romancier. Savez-vous d’autres arts expressifs (musique, dessin, danse …)?

– Je ne suis pas romancier, pas encore tout au moins. En plus d’une quinzaine de livres de poèmes (qui sont parfois de courtes histoires), j’ai écrit et publié deux livres de nouvelles, et deux pièces de théâtre, non publiées (l’une très jeune, et l’autre tout récemment, que j’espère voir monter bientôt).
A part ça, j’aime bien sûr tous les autres arts, mais ne suis hélas créatif dans aucun d’entre eux.
*Quelle est votre appréciation du roman du Maghreb contemporain, et qui est votre écrivain préféré?
– J’ai lu davantage de poètes que de romanciers du Maghreb contemporain (Abdellatif Laabi, Amina Saïd, Jean Sénac, Tahar Ben Jelloun…). Je me souviens malgré tout de livres de Driss Chraïbi, Rachid Boudjedra, Kateb Yacine qui m’avaient beaucoup impressionné il y a quelques années.
Mais je dois confesser mon ignorance du roman maghrébin qui s’écrit aujourd’hui. Je connais des noms, mais n’ai pu encore lire leurs livres : Nina Bouraoui, Mehdi Charef, Assia Djebar, Mohammed Khaïr-Eddine - poète aussi -, Rachid Mimouni … Lacune regrettable, mais il y a tellement de livres qu’on devrait et aimerait connaître !…

*Il y a une «guerre» entre le français et l’arabe en Algérie. En France, il y a aussi une «guerre» entre le français et l’anglais.
Est-il possible que ces langues coexistent, sans conflits idéologiques meurtriers?

– On ne peut pas parler vraiment de « guerre » en France entre le français et l’anglais, car l’anglais n’a pas été assez longtemps dans notre histoire une langue « occupante » et « colonisatrice ». Nous subissons, comme beaucoup de pays, l’envahissement de la langue anglaise (du « basic english » tout au moins), puisque la puissance économique et militaire des Etats-Unis a imposé cette langue au monde, tout au moins pour l’instant.
Et il est certain que nous subissons passivement cette invasion, surtout dans les domaines économiques et scientifiques où l’anglais a pris la place du français. Mais je constate que dans des pays où « l’ennemi » est plus proche, où c’est une question de survie, comme au Québec, alors les habitants savent résister et défendre leur langue, et inventer des mots français nouveaux, et ont une littérature plus riche et plus vivante (d’ailleurs, les auteurs français actuels les plus originaux viennent des pays francophones).

*M. Jean-Claude
Il est bien connu que dans la culture anglo-saxonne, le soi-disant «agent littéraire» aide les écrivains débutants, pour écrire leurs textes, mais dans d’autres cultures, latine, arabe, etc., il n’y a pas de tels agents, comment expliquez-vous ce phénomène culturel?

– L’agent littéraire n’est pas une tradition en France, où les auteurs traitent littérairement et économique- ment directement avec l’éditeur. Malgré tout, certains auteurs médiatiques « gros vendeurs » commencent à faire défendre leurs intérêts par des agents. Mais dans le domaine de l’édition de poésie ou de nouvelles ou de théâtre, qui sont des genres marginaux, « non rentables » et délaissés par l’édition commerciale, les rapports restent directs entre auteurs et éditeurs, et le plus souvent amicaux.

*Que pensez-vous des écrivains qui signent leurs textes sous des pseudonymes, bien qu’ils appartiennent à une société libre et démocratique?
– Personnellement, je n’aime pas les auteurs sous pseudonyme, et quand il n’y a pas de danger à publier sous son nom, je ne comprends pas qu’on en change.
Certains le font pour des questions de profession, de nom bizarre, ou parce qu’ils considèrent que « l’écrivain » est différent de « l’individu » qui le fait vivre. Mais je n’aime pas cette schizophrénie.

*Que lisez-vous ces jours-ci?
Et quel est le livre qui vous a profondément affecté en tant que poète?
– Comme j’essaye de me remettre à écrire du théâtre, je relis des classiques du théâtre contemporain français (Ionesco, Beckett, Koltès,…) et puis découvre des auteurs étrangers (Ion Fosse, Sergi Belbel, Gao Xingjian…)
Quant aux poètes, beaucoup de leurs livres m’ont marqué : bien sûr Baudelaire et Les Fleurs du mal, Rimbaud et Les Illuminations, et puis Apollinaire (peut-être mon préféré), les surréalistes, Reverdy, Eluard, Ponge, Michaux, etc. Et puis nombre de poètes étrangers. Les citer tous serait trop long…
*Est-ce que le texte littéraire peut déclencher une révolution, et que pensez-vous du printemps arabe actuel?
–Je ne sais pas si un texte littéraire peut « déclencher » à lui seul une révolution, mais une révolution se prépare longtemps à l’avance dans les esprits, dans les mentalités, et bien sûr la littérature y contribue, et doit ensuite accompagner ce mouvement. Voltaire, Rousseau, Diderot ont « préparé » la révolution française ; Gogol, Dostoïevsky, etc. ont « préparé » la révolution russe…
Le « printemps arabe » a ravi tous les amoureux de la révolte contre les puissants, tous les amoureux de la démocratie et de la liberté, par le courage et l’abnégation qu’ont montré les acteurs de ces révolutions.
Hélas, si les révolutions sont de grands moments populaires d’union et de joie, elles sont souvent récupérées ensuite par des profiteurs douteux (dans l’histoire : Napoléon, Staline,…). J’espère qu’il n’en sera pas ainsi du « printemps arabe ».

*Une dernière question: Est-ce que le poète Jean-Claude Martin est satisfait de ses écrits jusqu’à maintenant?
Quels sont vos livres publiés jusqu’à présent, et est-il des projets futurs dans ce domaine?

– Satisfait, non. On doit toujours être insatisfait et toujours essayer de faire mieux. La situation en France de la poésie, sa marginalisation, son trop faible public, le mépris où la tiennent les « caciques » de l’édition commerciale, ne peuvent rendre heureux.
Ceci étant, je ne renie aucun de mes livres, publié chez de bons éditeurs de poésie, et j’espère continuer malgré les difficultés.
Je transmets ci-dessous ma fiche bio-bibliographique telle qu’elle apparaît sur le site de la Maison des Ecrivains et de la Littérature.
Quant à mes projets futurs, c’est effectivement de continuer à écrire (et à pouvoir publier), des poèmes, mais aussi d’autres livres de nouvelles, du théâtre, peut-être des romans.
On verra bien…










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